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Washington et Téhéran continuent d'échanger après l'impasse d'Islamabad-sources
information fournie par Reuters 14/04/2026 à 01:34

par Ariba Shahid, Parisa Hafezi, Saad Sayeed, Asif Shahzad et Humeyra Pamuk

Si la première rencontre depuis plus d'une décennies entre des représentants américains et iraniens s'est achevée sans avancée majeure, le week-end dernier au Pakistan, à l'issue d'une nuit blanche parfois tendue, le dialogue entre Washington et Téhéran est toujours actif, a-t-on appris de onze sources informées.

Organisé quatre jours après l'annonce d'un cessez-le-feu de deux semaines entre les Etats-Unis et l'Iran, en guerre ouverte depuis le déclenchement de la campagne de bombardements israélo-américains le 28 février, le cycle de pourparlers à Islamabad n'a pas permis aux deux camps de sceller un accord, une issue illustrant l'étendue de divergences apparues au préalable.

Toutefois, d'après l'une des sources, qui a été impliquée dans les discussions, les parties prenantes ont été "très proches" de parvenir à un accord - le chemin était fait à "80%", a-t-elle dit. Puis des points n'ont alors pas pu être résolus sur le moment, a ajouté cette source.

La réunion à plus haut niveau entre Washington et Téhéran depuis la Révolution islamique iranienne de 1979 s'est tenue dans le luxueux Serena Hotel d'Islamabad, où deux ailes distinctes et une zone commune avaient été réservées - une aile pour la délégation américaine, l'autre pour la délégation iranienne, et une salle pour les discussions trilatérales auxquelles participaient les médiateurs pakistanais, ont dit à Reuters des membres du personnel opérationnel.

Deux sources distinctes ont rapporté que les téléphones étaient interdits dans la salle principale, contraignant les deux délégations, dont le vice-président américain J.D. Vance et le président du Parlement iranien Mohammed Baqer Qalibaf, à sortir durant des pauses afin de relayer les messages vers Washington et Téhéran.

"Il y avait un grand espoir, au milieu des pourparlers, qu'il y aurait une avancée majeure et que les deux camps parviendraient à un accord", a déclaré une source gouvernementale pakistanaise. "Mais les choses ont changé en un rien de temps", a-t-elle ajouté.

ATMOSPHÈRE PESANTE

Selon deux sources iraniennes, l'atmosphère était pesante et inamicale, loin du ton "très cordial" mis en avant par le président américain Donald Trump. Les médiateurs pakistanais ont tenté d'alléger le climat, ont dit ces deux sources, mais aucune des deux délégations n'a semblé réceptive.

Cependant, dimanche matin, la tension était quelque peu redescendue, ont ajouté les deux sources iraniennes, indiquant qu'avait alors été envisagée la possibilité de prolonger les négociations d'une journée.

Mais les divergences ont persisté.

Une source américaine a déclaré que les Iraniens n'ont pas réellement compris que le principal objectif de Washington était de sceller un accord garantissant que Téhéran n'obtiendrait jamais l'arme nucléaire.

Dans le camp iranien, on se méfiait des intentions véritables des Etats-Unis.

Aucun commentaire n'a été obtenu dans l'immédiat auprès du gouvernement iranien en réponse à des questions sur le déroulement et la teneur des discussions.

Donald Trump a déclaré lundi que Téhéran avait "appelé dans la matinée" et que les négociateurs iraniens voulaient "travailler à un accord". La véracité des commentaires du président américain n'a pas pu être vérifiée dans l'immédiat.

Faisant référence à ces commentaires de Donald Trump, un représentant américain a déclaré que le dialogue entre les Etats-Unis et l'Iran se poursuivait, avec l'envie d'avancer vers un accord.

Sollicitée, une porte-parole de la Maison blanche a déclaré que la position de Washington n'avait jamais changé au cours des négociations d'Islamabad. "L'Iran ne pourra jamais avoir l'arme nucléaire, et l'équipe de négociation du président Trump s'en est tenue à cette ligne rouge et à de nombreuses autres", a dit Olivia Wales. "Le dialogue continue en vue d'un accord".

"TOUS LES EFFORTS SONT TOUJOURS DÉPLOYÉS"

Un diplomate basé au Moyen-Orient a rapporté que les échanges entre les médiateurs et les Américains se sont poursuivis depuis que J.D. Vance a quitté Islamabad.

La source impliquée dans les négociations a déclaré pour sa part que le Pakistan relayait toujours des messages entre les deux camps.

"Tous les efforts continuent d'être déployés pour résoudre les différends", a déclaré lundi le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif.

En dépit de multiples obstacles et menaces mutuelles, Washington et Téhéran ont tous deux de bonnes raisons d'envisager une désescalade du confit, lors duquel des milliers de personnes ont été tuées à travers le Moyen-Orient en six semaines. Israël a pour sa part poursuivi sa campagne militaire au Liban, avec des bombardements sans précédent dans le pays depuis le début de la guerre effectués quelques heures à peine après l'annonce de la trêve.

L'intervention militaire en Iran semble impopulaire aux Etats-Unis, à quelques mois des élections de mi-mandat au Congrès ("midterms"), et paraît insuffisante pour faire chuter le régime théocratique iranien. Le blocage par Téhéran du détroit d'Ormuz, crucial pour les livraisons mondiales d'énergie, a des répercussions néfastes sur l'économie mondiale et a alimenté l'inflation.

En Iran, les dégâts causés par les bombardements israélo-américains ont nui à une économie déjà chancelante, fragilisant les autorités locales, lesquelles ont réprimé dans le sang en janvier dernier un mouvement de contestation sans précédent depuis plusieurs décennies.

"DES HAUTS ET DES BAS"

Au coeur des négociations se trouve la question du nucléaire iranien, qui avait fait en 2015 l'objet d'un accord entre Téhéran et des puissances mondiales, avant que Donald Trump n'en retire les Etats-Unis, au cours de son premier mandat, et rétablisse les sanctions contre l'Iran. Le président républicain avait dénoncé cet accord scellé par son prédécesseur démocrate Barack Obama comme insuffisant.

Un représentant de la Maison blanche a déclaré lundi que Washington voulait que Téhéran cesse de procéder à un quelconque enrichissement d'uranium, démantèle ses principaux sites nucléaires, remette son stock d'uranium hautement enrichi, accepte un accord de paix élargi avec un cadre sécuritaire incluant ses alliés régionaux, mette fin au financement desdites milices et rouvre pleinement le détroit d'Ormuz sans y imposer un péage.

Des sources iraniennes avaient fait savoir en amont de la réunion que Téhéran réclamait la garantie d'un cessez-le-feu permanent et qu'aucune frappe supplémentaire ne serait menée contre l'Iran ou ses alliés régionaux, la levée de toutes les sanctions, le dégel de ses avoirs, la reconnaissance de son droit à enrichir de l'uranium et la reconnaissance de son contrôle du détroit d'Ormuz.

Les discussions d'Islamabad ont semblé à certains moments sur le point d'aboutir a minima sur un accord-cadre, ont déclaré quatre des sources, avant de tourner court en raison de divergences sur le programme nucléaire iranien, le détroit d'Ormuz et l'étendue des actifs auxquels Téhéran a réclamé l'accès.

Une source sécuritaire a rapporté qu'il y avait eu "des hauts et des bas". "Il y a eu des moments tendus. Des gens ont quitté la salle, puis sont revenus", a-t-elle poursuivi.

"COMMENT POUVONS-NOUS VOUS FAIRE CONFIANCE ?"

Cinq sources pakistanaises ont déclaré que les médiateurs pakistanais - parmi lesquels le commandant de l'armée, Asim Munir, et le ministre des Affaires étrangères, Ishaq Dar - se sont déplacés d'une aile à l'autre tout au long de la nuit afin de maintenir les négociations à flot.

Les discussions ont duré plus de vingt heures, ont également indiqué ces sources, précisant que le personnel de l'hôtel - qui avait fait l'objet de vérifications à la va-vite - avait eu pour interdiction de quitter les lieux avant la fin de la réunion.

Quand le moment a été venu de négocier des garanties, à la fois concernant une non-agression et un allègement des sanctions visant l'Iran, ont dit les deux sources iraniennes, le ton du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, à l'attitude généralement affable, est devenu plus tranchant.

"Comment pouvons-nous vous faire confiance quand, lors de la dernière réunion de Genève, vous aviez dit que les Etats-Unis n'attaqueraient pas pendant que la diplomatie se poursuivait ?", a dit Abbas Araqchi, selon des propos rapportés par ces deux sources.

Les Etats-Unis et Israël ont lancé l'opération militaire dite "Fureur Épique" moins de quarante-huit heures après un cycle de pourparlers entre des délégations américaine et iranienne à Genève sous la médiation d'Oman, qui avait alors fait état de progrès importants.

A Islamabad, en plus de divergences à propos du détroit d'Ormuz ou des sanctions, des désaccords sont apparus sur l'ampleur d'un quelconque accord, ont dit deux des onze sources. Washington s'est focalisé sur le nucléaire et Ormuz, tandis que Téhéran réclamait une entente plus vaste.

"Nous partons d'ici avec une proposition très simple", a dit J.D. Vance au moment de quitter le Pakistan. "C'est notre meilleure offre, et elle est finale. Nous verrons si les Iraniens l'acceptent", a ajouté le vice-président américain, qui a répété lundi soir sur la chaîne Fox News que la balle était dans le camp de Téhéran.

(Ariba Shahid, Mubasher Bukhari, Saad Sayeed et Asif Shahzad à Islamabad, Parisa Hafezi à Dubaï, Steve Holland et Humeyra Pamuk à Washington; version française Jean Terzian)

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